Avec la Neo Dial-e, première voiture électrique marocaine dotée d’une batterie produite localement, le Maroc franchit une étape décisive dans sa montée en gamme industrielle. À travers les transferts technologiques issus de ses partenariats chinois et l’essor d’écosystèmes comme Jorf Lasfar, Kénitra et Tanger Tech, le Royaume pose les bases d’une filière électrique nationale en pleine émergence.
Il y a des moments où une industrie change de rythme. La Neo Dial-e en est l’illustration la plus évidente. Loin d’être une simple citadine électrique, elle symbolise le passage d’un Maroc constructeur à un Maroc technologiquement ambitieux. La première rupture tient à sa batterie produite entièrement au Maroc, un fait inédit dans l’histoire industrielle du pays. Dans un univers où la batterie représente le cœur technique du véhicule électrique, cette avancée place le Maroc sur une nouvelle orbite. Une orbite où l’on ne se contente plus d’assembler, mais où l’on se met à maîtriser une partie des technologies les plus évoluées.
Bien sûr, la Neo Dial-e intègre encore des composants mécaniques venus de Chine. Mais loin d’être un signe de dépendance, cela dit tout d’un transfert de compétence assumé, d’une technologie importée pour être mieux intégrée, puis mieux reproduite. C’est un cheminement éprouvé, celui qu’ont emprunté de nombreux pays asiatiques avant de bâtir une industrie automobile solide.
L’apport technologique chinois
Regarder la carte mondiale de l’électrique suffit à comprendre : la Chine a pris une avance vertigineuse. Elle domine les batteries, fabrique les matériaux actifs, maîtrise les électroniques de puissance et a déjà industrialisé des plateformes VE qu’une partie de l’Europe tente aujourd’hui de répliquer. Le rapport de force industriel a changé, et avec lui les circuits de la technologie.
Le Maroc a choisi une lecture pragmatique de cette réalité. Plutôt que de construire des barrières idéologiques, il a décidé d’aller chercher les savoir-faire là où ils se trouvent. Les partenariats qui se multiplient avec la Chine ne sont donc pas le fruit du hasard, mais d’une stratégie claire : capter la technologie, l’adapter localement et accélérer la montée en compétence des industries marocaines.
La Neo Dial-e en est l’expression la plus concrète. Elle porte l’ADN de cette coopération : un véhicule conçu au Maroc, assemblé au Maroc, et enrichi d’une technologie chinoise intégrée dans une chaîne locale.
La filière batterie prend forme
Ce lancement intervient alors que la filière batterie marocaine connaît une accélération spectaculaire.
À Jorf Lasfar, la joint-venture CNGR–Al Mada s’apprête à devenir l’un des poumons industriels du pays. Dès 2026, elle produira des matériaux pour batteries lithium-ion, tant en chimie NMC qu’en LFP, selon les besoins des fabricants. Un volume suffisant pour alimenter plus d’un million de véhicules électriques par an. C’est un changement d’échelle. Et plus encore, un changement de rôle : le Maroc ne se contente plus d’être un assembleur pour l’Europe, il devient un producteur stratégique pour la mobilité électrique mondiale.
À Kénitra, l’arrivée de Gotion High-Tech ajoute une autre pièce maîtresse. Le groupe chinois, partenaire de Volkswagen, développe une gigafactory destinée à produire les premières cellules marocaines dès 2026.
Et puis il y a Tanger Tech, ce vaste chantier où s’implanteront des industriels comme Shinzoom et Hailiang. Dans la Cité Mohammed VI Tanger Tech, on produira des matériaux avancés, des composants à haute valeur ajoutée, autant de maillons indispensables pour faire fonctionner une industrie batterie moderne.
Pris ensemble, ces trois pôles dessinent la carte d’un triangle industriel inédit en Afrique, où la technologie chinoise irrigue le tissu local pour donner naissance à une véritable chaîne de valeur.
Un transfert stratégique
Le Maroc a compris qu’une industrie forte repose sur trois piliers : la maîtrise des composants critiques, la montée en compétence des ingénieurs et l’intégration progressive dans une chaîne mondiale. La Neo Dial-e inaugure un cycle où le local et l’international se rencontrent, où les technologies se transmettent.
Il faudra encore du temps pour mesurer pleinement l’impact de ce modèle. Mais une chose est certaine : cette voiture marque l’entrée du Maroc dans une ère nouvelle. Une ère où l’on ne se contente plus de produire pour d’autres, mais où l’on partage et développe des technologies qui structurent l’avenir de l’industrie automobile nationale.
Hicham Atabi











