Dans l’histoire de la voiture, la DS est un cas unique. Design très particulier, des formes uniques et une réputation de véhicule solide, robuste aux finitions sans failles. Retour sur une histoire particulière.
Quand on se penche sur la genèse de ce véhicule hors pair, on s’aperçoit que cette belle voiture a vu le jour en 1938. La marque Citroën, à l’instar d’autres marques de son époque, devait lancer un projet d’envergure, baptisé VGD (véhicule de grande distribution). Un plan d’action qui avait d’abord pour objectif principal de remplacer la Traction, sortie en 1934. Très vite, la compagnie est obligée de revoir ses cartes à cause de la Seconde Guerre mondiale qui a reporté tous les projets de l’époque. C’est à cette époque exactement que la 2CV est mise en usine comme remplaçante de la DS dont la production débute en 1948. Après la guerre, le plan VGD est remis au goût du jour par le bureau d’études Citroën, avec Bertoni, Lefèbvre et Magès comme principaux acteurs. Ces derniers travaillent d’arrache-pied pour donner une remplaçante à la Traction.
Un chantier qui va prendre sept années pour enfin donner corps à la première DS. Nous sommes en 1955. C’est le 42ème Salon de l’automobile au Grand Palais de Paris. Le grand public découvre ce bijou d’ingénierie qui a séduit des millions de connaisseurs. Les visiteurs qui ont afflué de toutes parts pour découvrir cette voiture si promise, n’ont pas été déçus de voir ses contours. Elle a surpris les professionnels autant que les amateurs de novation et de créativité. Sur le stand Citroën, tout Paris découvre enfin la DS 19.

Il s’agit véritablement d’un beau travail de recherche et de création. C’est une voiture qui arbore des contours futuristes, un design innovant et un aspect global qui ne ressemble à rien d’autre dans le monde du véhicule après la deuxième grande guerre. La DS est alors présentée dans des couleurs séduisantes : du jaune/toit blanc, bleu nuage/toit aubergine, noir/toit turquoise, ivoire/toit aubergine ou encore vert billard/toit crème. Inutile de souligner que le succès dépasse toutes les attentes. La voiture plaît beaucoup et les commandes affluent très vite. Pourtant, dans ce consensus presque généralisé, il y a eu quelques détracteurs qui trouvaient à redire. Pour certains le choix des formes n’est pas opportun. Pour d’autres, l’audace dans les couleurs est hors de propos.
Quand d’autres disent tout bonnement que la voiture est laide. Pour les uns comme pour les autres, les choses sont simples : les mécontents ont été incapables de comprendre cette voiture tout droit venue du futur. C’est justement cela qui, à la fois, passionne ses adeptes et effraie ses nombreux réfractaires. Quoi qu’il en soit, la DS s’impose et les ventes sont très bonnes. Et c’est grâce à sa ligne avant-gardiste qu’elle séduit autant. Tout en elle force l’admiration, surtout son esthétique aérodynamique, telle qu’elle a été imaginée par le dessinateur italien Flaminio Bertoni. On aurait cru un squale qui rompt les vagues, avec élégance et beauté.
À l’intérieur, l’habitacle est de toute beauté. «Il offre un confort supérieur aux concurrentes, notamment grâce aux sièges haut de gamme et à l’important espace réservé aux jambes des passagers. Mais la principale innovation, celle qui révolutionna à jamais le monde automobile, c’est l’hydraulique qui commande à la fois la suspension, le frein, l’embrayage et la direction. Mise au point par l’ingénieur Paul Magès, la suspension hydropneumatique permet notamment une grande souplesse de conduite et une excellente tenue de route», peut-on lire sur la brochure du musée Citroën. D’ailleurs, cette suspension sera plus tard empruntée par d’autres constructeurs, tels que Rolls Royce pour sa Silver Shadow de 1965.
Et les innovations sont multiples à l’image des phares directionnels. Évidemment, aujourd’hui, on trouve cette technologie sur de nombreux modèles, mais c’est grâce à la DS qui a été la première voiture de série à adopter cet équipement en 1968, que ce procédé a été généralisé des décennies plus tard.
«Sur une calandre restylée à quatre phares, les deux feux intérieurs sont commandés mécaniquement afin de suivre constamment la direction de la voiture». C’est là une amélioration de taille pour la visibilité de nuit. Ceci dit, les ingénieurs de la DS n’ont pas eu les coudées franches pour réussir leur voiture, selon leurs désirs. Il faut savoir que la DS devait initialement être équipée d’un moteur 6-cylindres à plat, refroidi par air ou par eau. Mais le projet a finalement été abandonné car pas au point et trop difficile à produire dans les usines Citroën. C’est donc le 4- cylindres de 1911 cm3 de la Traction qui a été modernisé et intégré sous le capot.

«Comme toute innovation spectaculaire, l’hydraulique a compté son lot d’avaries, avec de nombreux problèmes de fuite qui ont entaché son image. Mais ce n’était qu’une question de temps avant que Citroën ne rectifie le tir et n’achève les dernières mises au point», expliquent les ingénieurs de l’époque. Aussi, ce type de désagréments ne peut rien face aux grands succès du modèle puisque Citroën sort en 1957 l’ID, une version moins haut de gamme et simplifiée de la DS. Elle s’adresse principalement aux clients déboussolés par tant de futurisme. De toutes les innovations technologiques de la DS, elle ne conserve que la suspension hydraulique. Pourtant, la DS va s’illustrer sur de nombreux terrains, y compris la course. La voiture en a étonné plus d’un en remportant plusieurs grands rallyes, notamment celui de Monte Carlo ou encore le rallye du Maroc, un pays où la DS a eu de beaux jours.
Abdelhak Najib











